Lutte contre l’insalubrité : vieille histoire !

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De tous temps, les collectivités ont cherché à lutter contre l’insalubrité en « organisant» la propreté. La volonté était de repousser les immondices en dehors des villes ; c’est pour faciliter cette évacuation que, dès 1184,  Philippe Auguste, roi de France, commande le pavage des rues de Paris. Les déchets étaient emportés aux limites des villes, dans des « voieries » ; les « gadoues » stockées fermentaient spontanément, se transformant en engrais plus ou moins riches que les agriculteurs utilisaient. Les maraîchers ensuite vendaient aux citadins les fruits et légumes fertilisés grâce à leurs déchets.

Plan de Paris sous Philippe Auguste

1880 : année décisive pour l'hygiène

Les années 1880 marquent un tournant : les découvertes de Pasteur se révèlent décisives dans l’histoire de l’hygiène (1880 découverte du staphylocoque, 1881 vaccin contre la maladie du charbon chez les moutons, à partir de 1885 vaccin antirabique) ; C’est aussi la période des grands travaux entrepris par Haussmann, nommé préfet de la Seine en 1853.

Le rôle du Préfet Eugène Poubelle

C’est dans ce contexte que Eugène Poubelle signe le 24 novembre 1883 un arrêté obligeant les propriétaires à fournir à chacun de leurs locataires un récipient muni d’un couvercle. Tout était prévu, dimensions et contenances des boîtes avec collecte sélective : 3 boîtes étaient obligatoires, une pour les matières putrescibles, une pour les papiers et chiffons et la troisième pour le verre, la faïence… et les coquilles d’huîtres !

Préfet Eugène Poubelle

Mais cette démarche se heurtait frontalement à la corporation des chiffonniers, le recyclage étant à l’époque une composante majeure de l’économie : les chiffons étaient revendus à l’industrie de la papeterie, les peaux de lapin servaient à fabriquer de la colle, les soies de porcs des brosses, les métaux étaient refondus…

C’est pour prendre en compte cette activité de recyclage que le Préfet Poubelle signe un second arrêté le 7 mars 1884.

La fin des chiffonniers

Mais progressivement les premiers plastiques remplacèrent les os, le bois supplanta les chiffons, et l’activité de chiffonnier devint de plus en plus précaire. Quant aux matières fermentescibles, elles furent délaissées au profit des engrais chimiques, plus efficaces et de qualité plus constante.

Les chiffonniers de Paris

A la fin des « trente glorieuses », la situation est devenue totalement paradoxale : les villes sont « plutôt » propres (dans ses mémoires, le Baron Haussmann écrit que l’antique Lutèce signifie la « ville de boue » suivant une étymologie latine peu flatteuse), mais le développement des décharges et la pollution des sols sont devenus de véritables fléaux. Philippe Auguste est arrivé à ses fins 9 siècles plus tard, mais à quel prix !

Le retour au "bon vieux temps ?"

En juillet 1992, la loi renvoie aux collectivités locales le devoir de s’organiser pour supprimer les dépôts sauvages et valoriser les déchets.

L’histoire se répète : le tri a remplacé les poubelles, l’industrie du recyclage a remplacé les chiffonniers. Et si nos quantités de déchets redevenaient ceux de cette époque ?

Charles Bouchard
Auteur

Charles Bouchard

Responsable des services logistiques à la Fondation Edith Seltzer

Impliqué dans la démarche développement durable de l'établissement

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2018-02-19T13:50:18+00:00 19 février 2018|Développement durable|0 commentaire

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