Migrants économiques ou réfugiés climatiques ?

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L'impact du dérèglement climatique

Si l’impact du dérèglement climatique sur les flux migratoires actuels est établi, il reste toutefois difficile à évaluer. Anouch Missirian et Wolfram Schlenker, deux chercheurs de l’université de Columbia (New York), ont donc entrepris de quantifier le phénomène.

Leur étude, publiée le 21 décembre dernier dans la revue « Science » et dont le journal « Le Monde » s’est fait l’écho, est fondée sur une analyse croisée de plusieurs bases de données, sur la période 2000-2014 : chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), critères météorologiques, données socio-économiques…

351 000 dossiers examinés

En examinant les 351 000 dossiers de demandeurs d’asile déposés chaque année auprès de l’Union européenne à la lumière des informations compilées pour 103 pays de départ, ils constatent que plus l’on s’éloigne d’une température moyenne optimale de 20 °C dans les zones agricoles plus le nombre de demandes d’asile augmente. Des effets qui semblent d’autant plus visibles lorsque la température enregistre une variation à la hausse.

Couché de soleil sur l'océan

« Le Monde » souligne que les deux universitaires ont alors choisi de pousser plus loin leur réflexion en revisitant les modèles de réchauffement climatique élaborés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à partir de leurs observations. Bien que ce ne soit là que des projections, les résultats sont alarmants.

Impact direct des émissions de gaz à effet de serre sur les déplacements de population

Ainsi, si les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de progresser sur leur rythme actuel, entraînant une élévation des températures à la surface de la Terre de l’ordre de 4,5° C à 5° C d’ici 2100, le nombre de demandes d’asile formulées auprès de l’UE pourrait bondir de 188 % ; soit 660 000 dossiers de plus par an que sur la période étudiée.

A l’inverse, si le réchauffement climatique est contenu en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels (1880-1899), comme le prévoit l’accord de Paris (COP 21), les demandes d’asile ne devraient progresser “que” de 28 %.

Les pays les plus pauvres sont les plus vulnérables

Les pays les plus pauvres, situés dans les parties les plus chaudes du globe, en Afrique et au Moyen-Orient notamment, sont les plus vulnérables face au changement climatique. Les populations y dépendent largement d’une agriculture vivrière, tournée vers l’auto-consommation et l’économie de subsistance, et l’élévation des températures constitue peut-être l’un des ferments des tensions qui agitent cette partie du globe.

orage

L’origine des conflits est souvent multifactorielle mais, en mars 2014, le GIEC estimait déjà que : « le changement climatique (allait) accroître indirectement les risques de conflit violent de type guerre civile, violence interethnique et violentes manifestations en exacerbant les facteurs déjà établis comme la pauvreté et les crises économiques ».

Longues périodes de sécheresse lourdes de conséquences

Les longues périodes de sécheresse entraînent des déplacements massifs des populations rurales, souvent vers les zones urbaines déjà confrontées à une forte pression démographique. Le chômage endémique, l’insécurité alimentaire et les difficultés d’accès à l’eau, sur fond de troubles ethniques et/ou religieux et d’incapacité des Etats à apporter une réponse politique, peuvent donner lieu à des débordements violents et parfois dégénérer en une guerre. Darfour, Syrie, Somalie, Sahel… Autant de conflits qui peuvent être analysés à travers le prisme du dérèglement climatique.

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Auteur : Maxime Grudenik, animateur qualité- développement durable à la Fondation Edith Seltzer

Sources à consulter pour aller plus loin:

Etude publiée dans la revue Science 

Article du Monde

2018-02-06T19:05:48+01:00 6 février 2018|Développement durable, Social|2 Commentaires

2 Commentaires

  1. escroquerie774 22 juin 2018 à 14 h 27 min- Répondre

    Quand on dénonce la « lèpre » mondiale ou la rhétorique de M.Collomb on escamote les faits qui NOUS dérangent,qui dérangent en FRANCE.De nombreux enfants innocents & migrants,en France,sont jetés en prison et ce pendant des mois avant d’être expulsés ou relâchés.Les cas devraient se multiplier « grâce » à la nouvelle loi du gouvernement « Asile et immigration ».Ce fait jette une lumière assez crûe sur la réalité de la « patrie des droits de l’homme ».Afin d’éluder cette scandaleuse réalité on préfère bien sûr se réfugier derrière des mots,on préfère se payer de mots.Cela ne mange pas de pain et cela permet surtout de se dédouaner de ses responsabilités à peu de frais.

    • mchollander 25 juin 2018 à 9 h 00 min

      Cet article présente des faits objectifs sur l’évolution du climat et ses conséquences sur les migrations. Il s’affranchit de toute considération politique.

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