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« Tu aimeras l’étranger comme toi-même, car tu as été étranger en terre d’Egypte » (Lévitique XIX, 34)

Grand branle bas dans le Landernau Briançonnais, nous sommes envahis, les « migrants » arrivent et ils sont sans cesse plus nombreux.

Face à cette situation il semble qu’en tant que professionnels travaillant dans une entreprise, La Fondation Edith Seltzer, dont les valeurs fondatrices sont « ne pas juger, aimer, servir », nous puissions nous positionner d’une façon apaisée et sereine en remettant de la rationalité et de la neutralité dans l’analyse de cette actualité qui suscite par trop de passion et de préjugés.

Et ceci de trois façons :

Tout d’abord sur le champ sémantique :

ce vocable de « migrant » apparaît tout à fait inapproprié pour qualifier la situation de ces personnes et reflète un soupçon de méconnaissance du sujet de la part de ceux qui l’utilisent. En effet, le mot migration recouvre un champ très large allant des oiseaux aux traders de nationalité française à wall street. Et l’on s’aperçoit tout à coup qu’un mot générique comme celui-ci occulte la réelle situation de ces personnes traversant la frontière franco-italienne pour se joindre à nous dans notre accueillante vallée. 

Bateau migrants

Ainsi les mots demandeurs d’asile, mineurs non accompagnés ou tout simplement « public étranger » devraient, selon moi, peu à peu venir supplanter dans notre bouche et nos écrits ce vocable qui cache la réalité des choses. Car derrière les mots que je vous propose pour remplacer le mot migrant, se dessinent des conditions plus exactes de la situation administrative sociale et juridique de ces personnes. Ces mots que je propose à votre sagacité reflèteraient aussi une position et une approche plus professionnelle de ce phénomène. Aussi par respect pour eux, mais surtout  par respect pour nous, cessons de tomber dans le lieu commun et le vocabulaire digne du café du coin.

Evaluer l'ampleur réelle du phénomène

Ensuite sur l’ampleur du phénomène, il semble que là aussi il faille raison garder car le mot « afflux » précède souvent le mot « migrant ». Soyons rationnels, que l’on se place à l’échelle locale, nationale ou européenne les phénomènes migratoires concernant les personnes franchissant nos frontières sans les documents idoines sont résiduels et ne relèvent objectivement pas d’une « crise ». En effet, selon le PNUD (programme des nations unies pour le développement) presque 70% des mouvements de populations se font dans le sens « sud-sud » et les phénomènes migratoires vers les pays développés sont très loin du raz de marée qu’on nous présente arbitrairement sans chiffres à l’appui. Un exemple récent pour illustrer ce propos : entre 2012 et 2013, le Liban, petit pays de 4 millions d’habitants, instable politiquement et confessionnellement, accueillait 1,2 millions de syriens fuyant leur pays en proie aux milices gouvernementales et djihadistes. Soit 25% de sa population.  Dans le même temps la France accueillait, selon les chiffres de la DGEF (direction générale des étrangers en France), 200 000 étrangers soit 0,32% de sa population. Parler de crise pour le Liban est une évidence, en parler pour la France est une outrance (à notre intelligence).

Vers un débat où la passion s'apaise

Enfin, sur leur présence en France et sa légitimité, il semble que là aussi nous puissions aborder le sujet sereinement et sans passion. Tout d’abord ceux qui ne veulent pas des personnes étrangères (des migrants) trouveront toujours une raison pour délégitimer leur présence. Les discours sont incohérents et contradictoires. Lorsqu’une personne étrangère travaille l’on entendra qu’il vole le travail des français.

Barbelés- Frontières

Lorsqu’elle ne travaille pas, nous entendrons qu’elle est un parasite feignant venu pour«pomper les allocs». Quoi que l’étranger fasse, son tort est d’être là et d’exister. Néanmoins, nous pourrions nous aussi nous rappeler quelques faits historiques, là encore au local et au national. Qu’elle soit motivée par des raisons économiques ou pour des raisons liées à la sécurité personnelle, la migration a concerné des millions de français. Les villas mexicaines de Barcelonnette en témoignent et de nombreux documents relatent notre fuite devant l’envahisseur aux heures les plus sombres de notre histoire nationale (je vous propose la lecture du plus accessible : l’article de wikipédia intitulé « exode de 1940 en France »).

Ainsi, ne succombons pas aux chimères de la peur et de la méfiance injustifiée envers ces personnes.

Elles sont comme nous, elles sont nos égales. Et dans une entreprise dont la principale mission est « prendre soin » rappelons nous souvent, rappelons nous toujours, cette maxime de Paul Ricoeur « Quelque chose est dû à l’humain du seul fait qu’il est humain ».

MetaisJ
Auteur :

Jonathan METAIS, chef de service du Centre d'Accueil pour Demandeurs d'Asile à la Fondation Edith Seltzer à Briançon dans les Hautes Alpes. De formation juriste en droit humanitaire, il a  travaillé 3 ans en CADA à Marseille et 2 ans en Plateforme d’accueil. Il intervient à la faculté d’Aix en Provence en droit humanitaire

2018-02-06T22:28:20+00:00 11 décembre 2017|Social|0 commentaire

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