Le projet social du logement accompagné à l’épreuve de l’expérience

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La résidence accueil Paramar à Laragne-Montéglin (Hautes Alpes) propose une offre nouvelle de logements adaptés pour les personnes en situation de précarité ou d’exclusion, ayant un handicap psychique.
24 résidents vivent à Paramar, chacun dans son appartement, en autonomie. Ils bénéficient de grands espaces collectifs leur permettant de se rencontrer et d’être accompagnés par des animateurs et du personnel éducatif.
Retour d'expérience de Dominique Pasquio.

Entre le projet et la réalisation il y a parfois un océan, pour Paramar nous n’avons pu que constater que nos attentes sont largement dépassées. Lorsque nous créons les conditions adaptées, les personnes fragiles, si éloignées soient-elles du statut ordinaire d’adulte responsable, de citoyen, sont en capacité de participer, de se mobiliser.
Nous savons aujourd’hui combien il est difficile de faire participer « les usagers » dans les instances représentatives (cf. ASH du 1er décembre 2017 : Participation des usagers : un paradoxe démocratique). Pas très étonnant si on tient compte du fait que la plupart des réunions durent des heures alors que  pour nos résidents, se concentrer pendant une heure c’est déjà beaucoup et qu’on reconnait que dans ces assemblées on utilise un jargon d’initié, truffé d’acronymes et de sigles éphémères, obscures y compris pour les professionnels.

La création de l’association des locataires de Paramar, baptisée Phoenix par les adhérents, a été pour l’équipe et les habitants de Paramar une expérience fondatrice d’un nouveau mode de relation et d’intervention.

La majorité des résidents de Paramar est constituée de personnes jusque-là hospitalisées et prises en charge dans des structures spécialisées ou par leur famille, même si certains ont eu, à certains moments de leur existence, des expériences de travail et de vie de famille.

Résidence Accueil Paramar

Cette aventure était donc nouvelle pour eux et pour nous. Nous nous attendions à plus de résistance et de passivité de leur part. 20 résidents sur 24 sont adhérents.

Pour que cette association voit le jour, l’équipe a accompagné la démarche, proposé une forme d’association adaptée, formaté les réunions pour que tous puissent y participer, rester, prendre la parole, faire part de leurs craintes, de leurs doutes et de leurs propositions.

Toutes les remarques et suggestions ont été consignées et ont servi à établir les statuts, les objectifs, le projet.

L’association Phoenix n’a pas de bureau, ni de président. C’est une forme collégiale où toutes les décisions sont votées en assemblée générale. Les représentants n’ont qu’un rôle de représentation et peuvent changer régulièrement, ce qui a permis à des personnes qui se savent fragiles d’accepter cette fonction.

Oeuvre d'un résident

Cette aventure était donc nouvelle pour eux et pour nous. Nous nous attendions à plus de résistance et de passivité de leur part. 20 résidents sur 24 sont adhérents.

Pour que cette association voit le jour, l’équipe a accompagné la démarche, proposé une forme d’association adaptée, formaté les réunions pour que tous puissent y participer, rester, prendre la parole, faire part de leurs craintes, de leurs doutes et de leurs propositions.

Toutes les remarques et suggestions ont été consignées et ont servi à établir les statuts, les objectifs, le projet.

L’association Phoenix n’a pas de bureau, ni de président. C’est une forme collégiale où toutes les décisions sont votées en assemblée générale. Les représentants n’ont qu’un rôle de représentation et peuvent changer régulièrement, ce qui a permis à des personnes qui se savent fragiles d’accepter cette fonction.

L’association a présenté à 2 reprises une demande de subvention et obtenu un financement de  la mairie de Laragne. Même si la subvention est modeste, c’est une reconnaissance de citoyenneté et une responsabilité de gérer ce budget. Cette responsabilité est parfois source d’angoisse mais c’est aussi un moteur pour avancer.

2 ans et demi après l’ouverture de Paramar, dix neuf résidents ont des contacts réguliers avec leur famille et amis, dix résidents sont partis en vacances seuls ou en famille, un résident a participé à l’édition 2017 de la "Psycyclette" (périple en vélo de Versailles à Gap avec des patients de psychiatrie et des soignants, organisé par l’UNAFAM -Union Nationale de Familles et Amis de personnes malades  et/ou handicapées psychiques), un résident est bénévole au Secours populaire de Gap, une résidente est adhérente au « SEL », un résident est bénévole et représentant local à l’APF, une résidente a fait deux stages de bridge d’une semaine sur la côte d’Azur, un résident a fait une cure d’amaigrissement  dans les Bouches du Rhône, un résident a fait un voyage à l’étranger, deux résidents ont des activités sportives et de loisirs hors Paramar. Quelques résidents organisent régulièrement des sorties resto, ciné.

Nous n’avons qu’à nous réjouir de tout ce qu’ils font sans nous.

Pour les professionnels, il s’agit d’un travail d’observation et de valorisation des compétences des uns et des autres et de repérage de ce qui fait obstacle à leur mobilisation. En fait, il s’agit le plus souvent de ne rien faire et surtout pas à leur place, même si la tentation est grande, pour aller plus vite, pour avoir des résultats. Ce n’est pas dans nos logiques professionnelles que de « ne rien faire ».

C’est même contraire à la commande publique des tutelles.

C’est une «  révolution culturelle » qui doit s’opérer. Laisser advenir l’intention, capter les envies, être à l’affut des possibles et « ne pas penser à leur place », tout en restant à l’affut pour ne laisser passer aucune occurrence.  Un vrai travail d’équilibriste !

Pourtant c’est à ce prix qu’on attaque le sentiment de déclassement, de disqualification. « L’art difficile de ne presque rien faire ».  Changer de regard, de posture est une gageure, bien plus qu’il n’y parait. (Cf. article ASH du3/11/2017 « former au travail avec l’autre »).

Le métier d’accompagner consiste à ne jamais oublier que nous sommes « les seconds au combat », sens médiéval du mot thérapeute. (cf. Vincent Girard : Le concept de soins orienté autour du rétablissement)  www.dailymotion.com/video/xqpk8p.

Don Quichotte

Il faut accepter de porter l’épée, le bouclier, de nourrir le cheval, de monter sur la butte pour surveiller l’ennemi, veiller sur le repos du héros….. La gloire n’est pas pour nous, même si nous avons une âme de Don quichotte !

PasquioD

Auteur : Dominique Pasquio, éducatrice spécialisée et titulaire d’un diplôme supérieur en travail social, elle a travaillé comme coordinatrice du programme d’hébergement Alter Ego, géré par l’association AIDES à Gap dans les Hautes-Alpes. A  partir de 2012, elle devient, à la Fondation Edith Seltzer, coordinatrice des appartements de coordination thérapeutiques et de la résidence accueil Paramar. Elle est l’auteur de « VIH, le virus de l’intégration » aux Presses de l’EHESP, Janvier 2011.

2018-02-08T14:48:25+01:00 10 janvier 2018|Social|2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Richard 24 février 2019 à 7 h 55 min- Répondre

    Bravo pour ces belles initiatives, on sent dans votre action dynamisme, innovation et respect des personnes accompagnées, c’est inspirant et encourageant!

    • mchollander 24 février 2019 à 17 h 46 min

      Merci beaucoup !

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